PROCTOLOGIE
Sinus pilonidal
Une maladie fréquente du sillon interfessier qui peut aujourd’hui être traitée de différentes manières
Le sinus pilonidal est une affection inflammatoire située le plus souvent dans le sillon interfessier, généralement quelques centimètres au-dessus de l’anus.
De petits orifices cutanés peuvent communiquer avec une cavité ou des trajets sous la peau dans lesquels des poils et des débris peuvent pénétrer.
La maladie peut rester discrète, provoquer des écoulements répétés ou se manifester brutalement sous la forme d’un abcès douloureux.
Le traitement dépend surtout de sa présentation et de son étendue. Une maladie limitée ne nécessite pas nécessairement la même intervention qu’un sinus complexe ou récidivant.
Qu’est-ce qu’un sinus pilonidal ?
Une affection acquise de la peau et du tissu sous-cutané
Le sinus pilonidal se développe généralement dans la partie supérieure du sillon interfessier. Il peut comporter :
- un ou plusieurs petits orifices cutanés
- une cavité située sous la peau
- un ou plusieurs trajets secondaires
- des poils emprisonnés
- une réaction inflammatoire locale
Le terme « kyste pilonidal » est fréquemment utilisé, mais il ne s’agit pas toujours d’un véritable kyste fermé. Le terme sinus pilonidal ou maladie pilonidale décrit souvent mieux cette affection.

Comment se forme un sinus pilonidal ?
Poils, friction et pénétration cutanée
La maladie pilonidale est aujourd’hui considérée principalement comme une affection acquise.
La profondeur du sillon interfessier, les mouvements locaux, la friction et les poils détachés favorisent leur accumulation puis leur pénétration à travers de petits orifices cutanés.
L’organisme réagit à ces poils comme à des corps étrangers, et une inflammation peut progressivement former une petite cavité ou des trajets sous-cutanés.
Il ne s’agit donc pas simplement de « retirer un kyste » : il faut comprendre où se trouvent les orifices et jusqu’où s’étend réellement la maladie.

Quels sont les symptômes ?
La présentation peut être très variable
Certaines personnes découvrent simplement un ou plusieurs petits orifices dans le sillon interfessier. Lorsque la maladie devient symptomatique, elle peut provoquer :
- une douleur ou une sensibilité locale
- une petite tuméfaction
- des écoulements intermittents
- des épisodes inflammatoires répétés
- ou un abcès aigu très douloureux
Une maladie pilonidale asymptomatique ne nécessite pas automatiquement une intervention préventive : les recommandations européennes de 2024 déconseillent une intervention prophylactique chez les patients asymptomatiques.

Quand un abcès se forme
Une complication aiguë qui nécessite généralement d’être drainée
Un sinus pilonidal peut s’infecter et former un abcès. La zone devient alors rapidement douloureuse, tendue, gonflée et inflammatoire.
Dans cette situation, l’objectif immédiat n’est généralement pas de réaliser une grande opération définitive : la priorité est de drainer correctement l’abcès afin d’évacuer la collection et de soulager l’inflammation.
Les recommandations ESCP préconisent une incision et un drainage de l’abcès aigu, idéalement par une incision latérale. Un traitement définitif de la maladie résiduelle peut ensuite être discuté.

Comment établit-on le diagnostic ?
L’examen clinique suffit généralement
Le diagnostic est principalement clinique. L’examen permet de rechercher :
- les orifices situés dans le sillon
- un éventuel orifice secondaire
- une tuméfaction
- un écoulement
- un abcès
- des cicatrices d’interventions antérieures
Il permet surtout d’estimer l’étendue de la maladie. Une échographie, une IRM ou d’autres examens ne sont généralement pas nécessaires dans une présentation typique, mais peuvent être utiles dans certaines situations atypiques. La proximité d’un orifice avec l’anus doit notamment faire envisager le diagnostic différentiel d’une fistule anale.

Toutes les maladies pilonidales ne se ressemblent pas
Une maladie limitée n’est pas une maladie complexe
C’est probablement le message le plus important de cette page.
Chez certains patients, la maladie est limitée à quelques petits orifices médians et un trajet court. Chez d’autres, il existe :
- plusieurs trajets
- des extensions latérales
- des abcès répétés
- des cicatrices d’anciennes interventions
- ou une maladie récidivante plus étendue
Cette différence anatomique influence directement le choix du traitement. Les recommandations européennes permettent d’envisager des interventions minimales pour certaines maladies simples et limitées, tout en réservant des interventions plus importantes aux formes qui le nécessitent.

Faut-il toujours opérer ?
Non
La découverte fortuite de quelques orifices pilonidaux sans douleur, inflammation ni écoulement ne signifie pas nécessairement qu’une opération est nécessaire.
En revanche, une maladie symptomatique mérite une évaluation afin de déterminer la stratégie adaptée.
Le traitement peut alors aller d’une intervention très limitée à une chirurgie reconstructive selon l’anatomie.
Le bon traitement n’est pas nécessairement le traitement qui retire le plus de tissu. Il est celui qui traite correctement l’étendue réelle de la maladie.
Les techniques mini-invasives
Traiter une maladie limitée en préservant au maximum les tissus
Certaines formes simples peuvent être traitées par des procédures limitées.
Le principe est de traiter les orifices responsables et les trajets pathologiques sans réaliser une large exérèse de toute la région.
Parmi ces approches figurent notamment :
- le pit-picking
- certaines procédures endoscopiques
- d’autres techniques mini-invasives sélectionnées
Ces méthodes ont pour intérêt potentiel de réduire l’importance de la plaie et de permettre une récupération plus rapide.
Elles ne conviennent cependant pas à toutes les anatomies.
Le niveau de preuve concernant certaines de ces techniques reste limité, et leur risque de récidive doit être intégré à la discussion.

Pit-picking
Traiter les petits orifices responsables
Le pit-picking est une approche mini-invasive destinée principalement à certaines maladies limitées et non complexes.
Le principe consiste à retirer ou ouvrir très localement les petits orifices médians qui entretiennent la maladie et à traiter le trajet ou la cavité associée avec une agression tissulaire réduite.
L’objectif est d’éviter une grande plaie lorsque l’étendue anatomique ne la justifie pas.
Les recommandations ESCP considèrent que cette technique peut être envisagée lorsque la maladie est confinée aux pits, éventuellement avec une cavité latérale simple.
Cela ne signifie pas qu’elle constitue le meilleur choix pour toutes les maladies pilonidales.

Traitement endoscopique — EPSiT
Voir et traiter le trajet de l’intérieur
Une autre approche consiste à introduire un petit endoscope dans le trajet pilonidal.
Cette technique est souvent désignée par l’acronyme EPSiT — Endoscopic Pilonidal Sinus Treatment.
Elle permet de visualiser directement l’intérieur de la cavité et des trajets.
Les poils et débris peuvent être retirés, puis le tissu pathologique du trajet traité sous contrôle visuel.
L’intérêt conceptuel est clair : traiter le sinus de l’intérieur tout en limitant la plaie cutanée.
Les recommandations européennes considèrent le traitement endoscopique comme une option possible. Le niveau de preuve est toutefois moins robuste que pour certaines recommandations concernant la chirurgie d’exérèse.

Lorsque la maladie est plus étendue
Une même logique, adaptée à une anatomie plus complexe
Lorsque la maladie s’étend davantage — trajets plus longs, extension latérale, récidive après un premier traitement — la chirurgie doit parfois retirer une plus grande quantité de tissu pathologique.
Dans ces situations, la façon de fermer la plaie devient une question importante.
Une fermeture réalisée strictement sur la ligne médiane profonde peut favoriser, chez certains patients, une cicatrisation plus difficile et un risque de récidive plus élevé, en raison de la tension et de l’humidité propres à ce sillon anatomique.
C’est pourquoi de nombreuses équipes proposent, pour les formes étendues ou récidivantes, des techniques de fermeture qui déplacent la cicatrice en dehors de la ligne médiane profonde.
Il ne s’agit pas d’une opposition entre une bonne et une mauvaise technique. Il s’agit d’adapter la reconstruction à l’étendue réelle de la maladie.

Les reconstructions hors ligne médiane
Déplacer la cicatrice pour améliorer la cicatrisation
Plusieurs techniques permettent de fermer la plaie en dehors de la ligne médiane profonde, notamment les plasties de type Karydakis ou Bascom (cleft-lift), et d’autres variantes de lambeaux cutanés.
Le principe commun est de reconstruire la région de façon à aplanir progressivement le sillon interfessier et à positionner la cicatrice à distance de la profondeur de ce sillon.
Ces techniques sont associées, dans la littérature, à des taux de récidive plus faibles que la fermeture médiane pour les formes étendues ou complexes.
Elles nécessitent en revanche une expertise chirurgicale spécifique et une convalescence à adapter individuellement.

Une stratégie individualisée
Choisir la bonne option pour la bonne anatomie
Il n’existe pas un traitement unique du sinus pilonidal, mais un éventail de techniques, chacune adaptée à une présentation particulière de la maladie.
Le choix dépend de plusieurs éléments :
- l’étendue anatomique de la maladie (nombre d’orifices, longueur des trajets, extension latérale)
- le caractère simple, complexe ou récidivant de l’atteinte
- les antécédents de traitements déjà réalisés
- les préférences et le mode de vie du patient
Une évaluation clinique précise — complétée si nécessaire d’une imagerie — permet de proposer la stratégie la plus adaptée, du geste le plus limité à la reconstruction la plus complète.

Après l’intervention
Une convalescence variable selon la technique
La récupération dépend directement du geste réalisé.
Après une technique mini-invasive (pit-picking, endoscopie), la gêne est le plus souvent modérée et la reprise des activités plus rapide.
Après une chirurgie d’exérèse plus large ou une reconstruction, les soins de plaie sont plus importants et la convalescence plus longue, avec des consignes précises concernant l’hygiène locale, l’épilation de la zone et la reprise progressive des activités.
Dans tous les cas, des consignes postopératoires personnalisées sont données afin de favoriser une cicatrisation optimale.

Peut-on réduire le risque de récidive ?
Des mesures simples, utiles en complément du traitement
Certaines mesures d’hygiène et de mode de vie peuvent contribuer à réduire le risque de récidive, sans toutefois le supprimer complètement :
- une épilation régulière de la région interfessière
- une hygiène locale soigneuse
- le maintien d’un poids adapté
- éviter les positions assises prolongées lorsque cela est possible en période de cicatrisation
Ces mesures s’ajoutent au traitement chirurgical : elles ne le remplacent pas.
Sinus pilonidal ou fistule anale ?
Deux maladies différentes, parfois confondues
Le sinus pilonidal et la fistule anale sont deux pathologies distinctes, bien que toutes deux puissent se manifester par un écoulement ou un abcès dans la région périnéale.
Le sinus pilonidal se développe dans le tissu sous-cutané du sillon interfessier, sans communication avec le canal anal ou le rectum.
La fistule anale, à l’inverse, trouve son origine au niveau d’une glande anale et communique avec le canal anal.
Cette distinction anatomique est essentielle car elle conditionne des approches diagnostiques et thérapeutiques différentes.
En cas de doute, un examen clinique attentif permet le plus souvent de distinguer les deux situations.

Quand consulter ?
Une consultation est recommandée en présence de :
- douleur ou gêne persistante dans le sillon interfessier
- écoulement, suintement ou saignement au niveau du sillon
- gonflement, rougeur ou chaleur locale évoquant un abcès
- fièvre associée à une douleur de la région sacro-coccygienne
- orifice(s) ou petit(s) trou(s) visibles dans le sillon interfessier
- récidive de symptômes après un traitement antérieur
- gêne à la position assise prolongée
- inquiétude ou doute diagnostique, notamment vis-à-vis d’une fistule anale
Une chirurgie adaptée à l’étendue réelle de la maladie
Le sinus pilonidal regroupe des présentations très variables, du simple orifice asymptomatique à la maladie récidivante et complexe.
Le bon traitement n’est pas celui qui retire systématiquement le plus de tissu : c’est celui qui correspond précisément à l’étendue réelle de la maladie.
Cette approche individualisée, du geste mini-invasif à la reconstruction hors ligne médiane, permet de proposer à chaque patient la stratégie la plus adaptée à son anatomie et à son mode de vie.

Dr Pierre Fournier
Chirurgien viscéral — Proctologie
Questions fréquentes
Non. Le sinus pilonidal résulte d’un mécanisme mécanique lié à la pénétration de poils dans la peau du sillon interfessier, favorisé par la friction et la forme anatomique du sillon. Ce n’est pas une conséquence d’un manque d’hygiène.
Oui, c’est une pathologie relativement fréquente, touchant préférentiellement les hommes jeunes, souvent à la pilosité dense, entre la puberté et la trentaine.
Non. Une maladie découverte fortuitement, sans symptôme, ne nécessite pas systématiquement une intervention. En revanche, une maladie symptomatique mérite une évaluation pour déterminer la stratégie adaptée.
Un sinus simple présente peu d’orifices et un trajet limité. Un sinus complexe présente plusieurs orifices, des trajets plus longs, une extension latérale ou des antécédents de récidive, ce qui influence le choix thérapeutique.
Le pit-picking est une technique mini-invasive consistant à retirer ou ouvrir très localement les petits orifices médians responsables de la maladie, avec une agression tissulaire réduite. Elle s’adresse principalement aux formes limitées et non complexes.
L’EPSiT (Endoscopic Pilonidal Sinus Treatment) est une technique endoscopique qui permet de visualiser et de traiter le trajet pilonidal de l’intérieur, à travers un petit accès, en limitant la plaie cutanée.
Une fermeture strictement médiane peut favoriser, chez certains patients, une cicatrisation plus difficile et un risque de récidive plus élevé. Déplacer la cicatrice en dehors de la ligne médiane profonde améliore la cicatrisation pour les formes étendues ou récidivantes.
Ce sont des techniques de reconstruction qui déplacent la cicatrice en dehors de la ligne médiane profonde et aplanissent progressivement le sillon interfessier. Elles sont associées à des taux de récidive plus faibles pour les formes étendues ou complexes.
Elle dépend du geste réalisé : quelques jours à quelques semaines après une technique mini-invasive, plus longue après une chirurgie d’exérèse large ou une reconstruction, avec des soins de plaie à poursuivre selon les consignes données.
Oui, un risque de récidive existe, variable selon la technique utilisée et l’étendue initiale de la maladie. Certaines mesures d’hygiène et de mode de vie peuvent contribuer à le réduire.
Une épilation régulière de la région interfessière, une hygiène locale soigneuse, le maintien d’un poids adapté et éviter les positions assises prolongées en période de cicatrisation peuvent y contribuer.
Oui. Un abcès pilonidal se traduit par un gonflement douloureux, une rougeur et parfois de la fièvre. Il nécessite souvent un drainage en urgence avant d’envisager un traitement définitif à distance.
Non. Le sinus pilonidal se développe dans le tissu sous-cutané du sillon interfessier sans communication avec le canal anal, tandis que la fistule anale trouve son origine au niveau d’une glande anale et communique avec le canal anal.
Oui, la Société européenne de coloproctologie (ESCP) a publié des recommandations décrivant les différentes options thérapeutiques selon l’étendue et la complexité de la maladie.
Il est recommandé de consulter en cas de douleur, d’écoulement, de gonflement évoquant un abcès, de fièvre associée, d’orifices visibles dans le sillon interfessier, ou de récidive après un traitement antérieur.
Un sinus pilonidal douloureux ou récidivant ?
Chaque sinus pilonidal est différent. Une évaluation précise permet de proposer la stratégie thérapeutique la plus adaptée à votre anatomie, du geste le plus limité à la reconstruction la plus complète.
N’attendez pas que la maladie s’aggrave ou récidive pour consulter.
Pour plus d’informations sur le kyste pilonidal, consultez la fiche dédiée de la SNFCP.
